de Bleu-Rouge » Lun 12 Jan 2026 14:58
"Les fins ne sont jamais belles" : les confessions de Pierre Caillet, sept mois après son licenciement de l’ASBH
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Pierre Caillet n’est plus l’entraîneur de l’ASBH depuis juin dernier, licencié dans un contexte hostile.
Six mois après son licenciement de l’ASBH dans des conditions hostiles, et actuellement en procès avec les dirigeants du club, l’ancien manager Pierre Caillet (45 ans) va rebondir à Grenoble l’été prochain. Pour la première fois depuis son départ de Béziers, il se confie.
La plaie se referme petit à petit. Pierre Caillet va même retrouver un staff, celui de Grenoble, actuel 11e de Pro D2, l’été prochain. Un retour au combat après des semaines de prise de tête, d’angoisse, où s’emmêlent soucis professionnels et personnels.
Viré comme un mal propre par les dirigeants de l’ASBH en fin de saison dernière alors qu’il était encore sous contrat – mais dont le sort était attendu étant donné les tensions aperçues dès leur arrivée –, l’ancien troisième ligne biterrois est aujourd’hui en conflit avec le club. À son plus grand désarroi. Pour la première fois, le manager de Béziers entre 2020 et 2025 se confie. "Mais je me tairai sur certaines choses parce que la procédure judiciaire est en cours". Entretien.
Quelle est votre situation actuelle ?
J’ai pris beaucoup de recul par rapport à tout ça. J’avais beaucoup de haine. J’ai le sang chaud, vous le savez. Donc après ça (le licenciement), j’ai voulu m’isoler, partir. Ça m’a fait du bien, j’ai retrouvé des bonnes personnes. Ça m’a fait relativiser. Les choses qu’on a faites à Béziers, elles sont belles. Ça a été dur, mais on a toujours été honnête. Le club n’était pas bien, mais on ne l’a pas détruit, on a construit pierre après pierre. J’ai toujours voulu laisser le club dans une meilleure position, faire jouer les jeunes, apporter un état d’esprit et retrouver des phases finales, ce qui a été fait. Ce club et cette ville le méritaient.
Les fins ne sont jamais belles. Aujourd’hui, je garde le positif, je n’ai plus aucune haine.
Avez-vous vraiment réussi à passer à autre chose ?
Oui, je n’ai pas à me comparer à ces personnes. J’ai galéré, j’ai subi, j’ai tenu, j’ai fait mon travail. J’ai laissé le club dans de meilleures dispositions. Le club n’appartient à personne. Moi, je suis personne. Maintenant, à eux de faire le travail.
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Où en êtes-vous des procédures judiciaires ?
Il me restait un contrat de deux années plus une en option. C’était un contrat signé en juin 2024, après la demi-finale contre Vannes. Et non pas, comme beaucoup disent, au dernier moment pour faire chier les nouveaux repreneurs. À l’époque, c’était Jean-Michel Vidal le président, on ne parlait même pas des nouveaux repreneurs.
Finalement, comment en est-on arrivé là ?
En gros, l’idée, c’était : soit je ferme ma gueule et je garde mon salaire, soit, quand tu vois des choses qui ne te semblent pas cohérentes par rapport à ce que représente le club, tu l’ouvres. Tout le monde connaît mon tempérament. Je ne me suis pas protégé, je suis allé affronter les choses qui ne me paraissaient pas normales.
Quelles ont été les conséquences ?
Malgré mes trois années de contrat, j’ai senti que je dérangeais. Ils ont tout le temps dit qu’ils allaient me conserver. Et après le match contre Brive (le dernier de la saison dernière), la sentence tombe. Ils me l’ont annoncée d’une manière qui n’est pas respectueuse.
Pierre Caillet au côté de son ancien adjoint, David Irazoqui, aujourd’hui entraîneur principal.Pierre Caillet au côté de son ancien adjoint, David Irazoqui, aujourd’hui entraîneur principal. Midi Libre - Michael Esdourrubailh
"Ça me fait chier de partir en attaquant le club"
Que vous ont-ils reproché ?
Je ne peux pas entrer dans les détails. Ils m’ont trouvé une faute grave, ce que des dirigeants cherchent quand un entraîneur a du contrat et qu’ils veulent s’en débarrasser. Ça ne me plaît pas. Alors, derrière, tu vas aux prud’hommes pour ne pas te laisser faire. C’est comme ça. Un chien, quand on veut le tuer, on dit qu’il a la rage. La procédure suit son cours.
Justement, vous aviez un rendez-vous devant le conseil de prud’hommes le 13 octobre dernier. Qu’en est-il advenu ?
On est en train de poser les conclusions. Aujourd’hui, ils (les dirigeants) ont des reproches. Moi, j’apporte des preuves. Ensuite, il y aura l’audience. À la fin, j’espère qu’on arrivera à trouver un terrain d’entente qui soit respectueux pour tout le monde.
Les dossiers sont mélangés, entre des choses privées et pro. Il y a des rumeurs. Les petites personnes s’attaquent à des choses comme ça. Moi, je sais qui je suis, je n’ai rien besoin de prouver à personne.
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Comment vivez-vous la situation ?
Pas très bien. Ce club, je l’aime, ça me fait chier de partir en attaquant mon club. Le club, il n’y est pour rien, ce sont les personnes au-dessus qui gèrent. Si je gagne, je saurai redonner au club comme je l’entends et aux supporters. J’ai quelques idées. Je ne suis pas là pour briser le club, pour être content de la situation qui se passe en ce moment.
Vous dites, malgré tout, avoir réussi à tourner la page.
Totalement. Ça a été beaucoup de haine pendant deux semaines, le sentiment de ne pas avoir été respecté.
Béziers, j’ai galéré, j’ai fait mes preuves, des gens m’ont soutenu, qui étaient en colère aussi. Partir, retrouver des gens que je côtoie depuis petit dans mon village d’enfance, m’a fait du bien.
Le soutien des gens, c’est incroyable. À Béziers, d’habitude, je me cache, j’ai du mal. Mais sortir un peu en ville, voir les gens qui mettent "Aqui es béziers" sur ma voiture… Aux halles, un monsieur m’a payé l’addition alors que je ne le connaissais même pas. Tout ça te fait revenir sur du positif.
"Je n’ai jamais été le copain des joueurs"
Les joueurs se sont mobilisés en écrivant une lettre pour vous soutenir.
C’est là que revient l’humain. Ce que j’ai vécu avec les joueurs… (Il se reprend, ému) Cette lettre, elle est émouvante pour moi. Je n’ai pas beaucoup répondu aux téléphones. Mais quand tu te rends compte que t’as pas triché, que t’as fait le boulot… Il ne faut pas avoir de haine, ce serait stupide.
Merci à eux de m’avoir défendu, mais maintenant, terminado. Le plus important, c’est le club. Il faut qu’ils restent le groupe qu’on connaît. Pour le reste, on verra si je parle plus tard.
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Parlez-vous encore avec eux ?
Les joueurs ont toujours été présents. On avait une relation particulière. Quand j’ai signé à Grenoble, on m’a dit qu’on appréciait mon côté humain, mais qu’on ne voulait pas que je sois le copain des joueurs. C’est horrible pour moi d’entendre ça. Je ne suis pas le copain des joueurs. Je suis peut-être leur père, à la limite, dans la protection, presque l’éducation. Mais je n’ai jamais été leur copain. Jamais. C’est une image qui me colle à la peau, et ça ne me plaît pas. Par contre, ils savent qu’ils peuvent compter sur moi.
Quel est votre plus gros regret ?
Quand je suis parti, je n’ai pas pu dire au revoir aux supporters, au stade. C’est comme ça. Avant leur première réunion sur le début de saison, j’en ai fait une juste avant avec eux. Pourquoi ? Il fallait que je leur dise au revoir à tous. Si on a réussi, c’est grâce à eux. Je leur ai dit : "Aujourd’hui, vous avez qu’un truc à faire, faire votre job et défendez ce putain de club, tout simplement."
S’engager avec Grenoble, est-ce le bon moment ?
Oui. J’ai eu cette période un peu calme. Maintenant, tu commences à être impatient, t’as envie de replonger. Le choix n’est pas anodin. J’ai eu d’autres propositions. Mais j’aime aller chercher des choses qui vont au-delà du rugby. Béziers, j’ai été Biterrois d’adoption. Grenoble, je connais les valeurs de la ville, du club, j’ai grandi autour du stade Lesdiguières, qui m’a fait rêver quand j’étais petit. C’est un nouveau projet qui me plaît.
Mon contrat commence en juillet et dure deux ans. Je commence déjà à faire des allers-retours, à donner des idées, un peu comme du consulting. Pour le moment, j’aide du mieux que je peux.
ASB : "PATRIMOINE IMMATÉRIEL DE BÉZIERS" !
CE qui ne tue pas rend plus fort".
"La plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque fois"!