de Bleu-Rouge » Mer 1 Avr 2026 12:56
Sur le départ, Samuel Marques se livre : "Ma priorité, maintenir Béziers et partir la tête haute"
À 37 ans, entre fin d’aventure annoncée, tensions en interne et rêve de Mondial 2027, le capitaine biterrois Samuel Marques se confie sur une saison aussi intense que décisive.
AS Béziers Hérault rugby
Le demi de mêlée et capitaine de Béziers Samuel Marques, âgé de 37 ans et non conservé la saison prochaine, ne souhaite pas arrêter sa carrière.
Par Emilie Dudon-Fournier
Publié le 1 avr. 2026 à 6h32
Un itinéraire hors du commun et une saison éprouvante… À 37 ans, Samuel Marques vit une fin d’aventure mouvementée à Béziers. Non conservé par l’ASBH, le demi de mêlée veut désormais assurer le maintien du club en Pro D2 avant de tourner la page et de se tourner vers son dernier défi, la Coupe du monde 2027 avec le Portugal.
Biterrois depuis 2023, titulaire indiscutable (24 matchs sur 24 disputés cette saison, dont 22 comme titulaire) et 3e meilleur réalisateur de la Pro D2 (187 points marqués), le capitaine du club, passé par Pau, Albi, Toulouse, Brive et Carcassonne, fait le point avec Actu Rugby. Entretien.
Le titre d’European Championship manqué avec le Portugal
Actu : Blessé, vous n'étiez pas de la victoire du Portugal sur la Géorgie (19-17), qui a permis à votre équipe de remporter le Rugby European Championship. Comment avez-vous vécu ce titre ?
Samuel Marques : Franchement, je sentais qu'on allait gagner ce match ! Mais je n'ai pas pu y participer car j'avais reçu une béquille contre Oyonnax le week-end précédent. Je suis parti au Portugal jusqu'au jeudi, j'ai tout essayé pour pouvoir être aligné mais on a pris la décision de ne pas me faire jouer et je suis rentré me soigner en France. J'étais franchement dégoûté mais aussi très fiers des mecs qui ont joué. C'est incroyable ce qu'ils ont fait.
C'est une victoire très importante pour le rugby portugais.
S.M. : Oui. Gagner le Rugby European Championsip est déjà dingue mais, au-delà de ça, cette victoire nous grimper au classement World Rugby. C'est tout un ensemble : ça fait progresser les jeunes également. C'est bénéfique à tous les niveaux.
Vous avez 37 ans et visez la Coupe du monde 2027 en Australie. Qu'est-ce qui vous fait encore courir aujourd'hui ?
S.M. : Le ballon et le plaisir de jouer. Encore ce matin (l'interview a été réalisée le 30 mars, NDLR), je disais à mes coéquipiers qu'on a de la chance de vivre de notre passion et qu'il faut profiter de chaque instant. Plus la fin approche, plus je m'en rends compte.
"Quand on voit tous les problèmes qu'il peut y avoir dans une vie et dans le monde, il faut vraiment arriver à profiter de ces moments sur le terrain, entre copains. Après cela, on basculera dans une autre vie."
Y parvenez-vous malgré l'environnement difficile dans lequel vous évoluez à Béziers, avec les changements dans le staff en cours de saison, la lutte pour le maintien et l'annonce, il y a quelques jours, que vous ne serez pas conservé l'an prochain ?
S.M. : Parfois, les environnements compliqués ressoudent un groupe. Je pense que c'est ce qui est en train d'arriver à Béziers aujourd'hui. On se bat avec nos moyens, avec ce qu'on nous donne. Le plus important, c'est la réponse qu'on donne sur le terrain et on montre qu'on est là, qu'on veut sauver le club.
A titre personnel, comment voyez-vous la saison prochaine ?
S.M. : C'est compliqué de se projeter, il faut essayer de faire abstraction de ça. Chaque semaine, il se passe un truc nouveau. C'est vrai que c'est compliqué à suivre. Je souhaite que ma famille reste ici car on se sent bien à Béziers.
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Quand on est leader, et capitaine comme vous, sent-on une charge supplémentaire pour gérer une saison perturbée comme celle-là ?
S.M. : Une charge, je ne sais pas... Mais c'est sûr que quand il y a des questions à poser, on vient te voir à toi. Je préfère que ça tombe sur moi plutôt que sur les jeunes. On est là pour ça, nous les leaders.
"Quand je suis au stade, on parle rugby et quand j'en sors, j'ai envie de profiter de ma famille et de mes amis. J'ai 2 enfants de 4 et 6 ans alors quand je rentre, je relativise et je me dis que les choses sont simples. Que l'essentiel est là. Après, quand on est au stade, on se doit de tout donner. Je le répète : on a la chance d'être payé à taper dans un ballon, et il n'y a rien de plus beau."
Avez-vous déjà pensé à arrêter de jouer ?
S.M. : Pas pour le moment, j'avoue. Mais c'est vrai qu'il y a eu des moments cette année où je me suis demandé si je continuais, s'il fallait encore se battre. Au final, tu te bats pour les mecs à côté de toi, pour les supporters. J'ai encore cette foi, j'ai envie de jouer, je suis en forme. Je ne veux pas faire l'année de trop mais c'est moi qui prendrai la décision d'arrêter.
Après la Coupe du monde ?
S.M. : Oui, je ne le cache pas. Finir sur une Coupe du monde en Australie avec ses proches, ce serait très beau.
Comment vous sentez-vous physiquement ?
S.M. : Disons qu'avant, je pouvais taper dans le ballon sans m'échauffer et qu'il faut que je fasse un tour de terrain avant maintenant... (sourire) Non mais sincèrement, ça va. Je n'ai pas de problème particulier. J'ai eu la chance de blesser très rarement durant ma carrière, je peux m'entraîner tous les jours, jouer quasiment tous les matchs... C'est pour ça que je continue. Je suis un compétiteur et je ne veux pas faire un match sur deux. Si ce n'était pas le cas, je ne l'accepterais pas. Et je ne veux pas en arriver là.
Vous avez vu le rugby énormément évoluer durant votre carrière. Cela n'a jamais émoussé votre envie de continuer ?
S.M. : Ce qui me frustre, c'est que j'ai l'impression qu'on perd ce côté "famille". Moi, je suis un peu "rugby à l'ancienne", même si je ne suis pas si vieux que ça. Quand j'ai commencé jeune au centre de formation, cet état d'esprit de famille était très important et il me semble qu'on le perd. C'est comme ça...
C'est cet état d'esprit que vous retrouvez en sélection avec le Portugal ?
S.M. : Totalement. Les mecs ne sont pas professionnels. Quand ils arrivent, ils sont en costard parce qu'ils sont avocats et qu'ils sortent du boulot, et ils se remettent au charbon.
"Franchement, nous, on est déconnectés du vrai monde. On finit l'entraînement, on est en short-claquettes, on se demande ce qu'on va faire et on part boire un coup à la plage alors que, eux, ils repartent bosser. Chapeau à eux... C'est là où les petites nations, entre parenthèses, et le rugby amateur sont importants : pour garder ces valeurs-là."
Qu'aimeriez-vous vivre d'ici la fin de votre carrière que vous n'ayez pas déjà vécu dans le rugby ?
S.M. : Je ne sais pas. Honnêtement, j'ai connu des choses que je ne pensais jamais pouvoir vivre... Ma priorité, c'est de maintenir Béziers et d'en partir la tête haute. C'est un club qui me tient énormément à coeur. Et puis, à titre personnel, réussir la Coupe du monde et, pourquoi pas, aller chercher une 3e place de poule.
ASB : "PATRIMOINE IMMATÉRIEL DE BÉZIERS" !
CE qui ne tue pas rend plus fort".
"La plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque fois"!